Archives de la catégorie ‘Théâtre’

par Lucie Vallée

Le théâtre Périscope présentait le 2 décembre la lecture du texte inédit d’Hélène Robitaille Teresa va obéir, dans le cadre de la série de quatre présentations Impressions d’ici qui se déroule du 1er au 4 décembre au studio Marc Doré. La mise en lecture était supervisée par le metteur en scène Philippe Soldevila qui a par le passé collaboré avec cette auteure, notamment pour la pièce Santiago présentée à Québec en 2007 et reprise l’année suivante à Montréal. Leur collaboration ne fait pas dans la facilité avec des textes denses qui offrent au spectateur des thèmes touchant à la fois l’intime et le sublime, l’humour et la réflexion spirituelle de haut niveau.

Le propos de la pièce est campé dans un milieu universitaire où une étudiante brillante en fin de doctorat se trouve confrontée à ses démons. Elle est accompagnée par le fantôme de Thérèse d’Avila, objet de ses travaux de recherche, dans une mise en abîme où la conformité au système humain ou la soumission rebelle au désir sont les chemin proposés vers la liberté. Des moments de rencontre ont lieu après les mise en lecture qui permettent aux spectateurs de partager avec les auteurs et les interprètes commentaires et questions. On y apprend comment se fait la préparation du projet, la démarche d’apprivoisement du texte et des conditions de travail. Dans un contexte de ressources limité la qualité de cette mise en lecture était impressionnante et fort appréciée du public. Impressions d’ici propose un dernier texte le 4 décembre, toujours d’un auteur de Québec, Marie-Laurence Rancourt, avec une mise en lecture de Marie-Josée Gendreau.

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Impressions d’ici


De découverte en découverte, novembre annonce peut-être la neige et l’hiver, mais aussi de belles activités à Québec. Les collaborateurs d’Espace Ah! vous proposent notamment des excursions du côté littérature, musique, théâtre et expositions.

À souligner, le Centre chorégraphique contemporain de Québec La Rotonde a débuté le 3 novembre sa 15e année de programmation avec le spectacle s’envoler de la chorégraphe montréalaise Estelle Clareton. L’oeuvre présentée par 11 interprètes a réussi avec succès à transporter son public vers le monde de sensation et de légèreté évoqué. Samedi 5 novembre, Armand Vaillancourt présentait à la maison Hamel-Bruneau, dans le cadre de l’exposition Sculpture de masse, une conférence-échange avec le public. « Armand le magnifique », malgré une certaine timidité avouée, a partagé avec l’assistance dans une salle comble, sans réserve et avec générosité, un aperçu de son parcours et de sa démarche artistique et sociale toujours vivante, fougueuse et riche.

La semaine prochaine, mardi 15 et mercredi 16 novembre en après-midi, des conférences et rencontres ouvertes à tous sont offertes dans le cadre de l’exposition En avant la mosaïque! à la villa Bagatelle. Renseignements au 418-654-0249. Jeudi 17 et vendredi 18 novembre c’est la première édition du Festival du Jamais Lu à l’AgitÉe.

Pour une toute première fois, le Festival du Jamais Lu prendra vie les 17 et 18 novembre à Québec. Ce festival a déjà connu dix éditions à Montréal et étendra ses ailes au bar l’Agitée de la rue Dorchester sous l’égide bienveillante de l’auteure et actrice Anne-Marie Olivier. Le Festival du Jamais Lu  a été développé à l’origine dans le but de présenter et de faire découvrir des écrits théâtraux et de mettre en lumière la créativité, la beauté ou la force de mots n’ayant pas encore été l’objet de représentation. Ainsi, des textes enracinés dans notre époque et inspirants pour mieux saisir la société contemporaine seront proposés par des auteurs de Québec ayant décidé d’investir la scène du festival.

Le Jamais Lu de Québec a bâti une programmation en trois temps à un coût très abordable. Tout commencera le 17 novembre par une soirée où cinq auteurs donneront à entendre du matériel en travail qui se retrouvera sur scène prochainement. Dans un deuxième temps le 18 novembre aura lieu une table ronde en formule 5 à 7 où les participant articuleront une discussion sur l’auteur dramatique dans la cité, ouverte gratuitement au public. Finalement cette même journée, un cabaret «corrosif» est proposé où une dizaine d’auteurs se sont engagés à laisser libre court à leur plume et oser une prise de parole sans concession, lucide, téméraire ou crue… sous la baguette de Marie-Josée Bastien.

Dans une certaine continuité avec la deuxième édition de Québec en toutes lettres tenue avec panache en octobre dernier, les mots dits et écrits sont en train de tenir feu et lieu à Québec. Cette expression à l’origine propre au monde seigneurial, peut signifier un engagement à défricher, mettre en valeur et construire un espace où le festival du Jamais Lu nous propose de s’aventurer avec générosité et enthousiasme.

Pour information ou réservation: www.jamaislu.com

par Micheline Simard

Jusqu’au 26 novembre prochain, la Compagnie dramatique du Québec présente au théâtre Périscope, Laurier Station – 1000 répliques pour dire je t’aime. C’est une pièce chargée d’émotions, chaque personnage ayant des motifs de se sentir mal dans sa peau à un moment ou l’autre. L’histoire est complexe, mais demeure réaliste. Le flot abondant et juste du discours de l’auteure, Isabelle Hubert, qui est vraiment très douée, décroche des rires spontanés nécessaires après quelques tirades dramatiques ou inutilement longues. Car le ton élevé des voix, à l’occasion, ou l’énervement de certains personnages peuvent finir par être agaçants pour un spectateur venu se divertir. Cela dit, les mêmes éléments font bien sentir la fébrilité ou le côté déjanté d’un personnage. Ici, il faut souligner l’audace du metteur en scène, Jean-Sébastien Ouellette, qui a privilégié un décor statique et réduit, pour mettre en valeur l’action qui se déroule sous nos yeux. Deux (ou plus) personnages se retrouvent ainsi en temps réel dans le même décor, qui représente en fait deux lieux distincts, deux situations parallèles juxtaposées. Dans l’ensemble, l’effet est très intéressant. Il ne faudrait pas sous-estimer, pour parvenir à cette réussite,  la contribution des comédiens qui cambrent si bien leur rôle qu’ils ne cessent d’être crédibles, même Carolanne (Joëlle Bond), qui est le personnage poussé à la limite de la caricature : elle fait rire ou désespère, mais force une réflexion sur les manières inacceptables  d’exprimer son amour. Ça complète le sujet de cette pièce à ne pas rater.

Laurier Station – 1000 répliques pour dire je t’aime : bit.ly/qKw8dY

Par Micheline Simard

Parce qu’il avait choisi d’apporter sa contribution au festival littéraire «Québec en toutes lettres» qui vient de se terminer,  le théâtre jeunesse  Les Gros Becs, sis au 1143 rue Saint-Jean, nous a gâtés, à sa manière, en présentant l’adaptation d’un roman de Réjean Ducharme,  L’Océantume. 

C’était tout un défi à relever que s’était donné Sylvain Scott, le co-directeur du Théâtre Le Clou de Montréal. Mais il peut être fier du travail qu’il a fait en adaptant un texte romanesque aussi complexe, et ce, pour un public adolescent. Les mots et la fantasmagorie de Ducharme ne sont pas faciles d’accès, même pour les adultes passionnés. Favoriser l’approche d’un tel auteur à l’intention des jeunes est vraiment louable. Et on peut dire, sans hésiter, que la mise en scène de Scott,  les décors, les costumes et l’éclairage, sans oublier le jeu exigeant des comédiens, tout a contribué à cet objectif : faire vibrer l’assistance au gré des émotions, des cauchemars ou des rêves d’une Iode Souvie, une rebelle de 10 ans qui parle comme une adulte et qui est capable d’une exceptionnelle loyauté, que ce soit vis-à-vis un frère qui refuse de marcher ou une amie dont elle souhaitait, au départ, la mort.

Le sujet de L’Océantume est sérieux; le grotesque des personnages ou des situations ne parvient pas à nous le faire oublier. «En grandissant, un enfant use», a écrit Réjean Ducharme dans son roman.  L’adaptation nous a permis, cependant, de nous attendrir sur une de ces enfants prématurément usée.

Programmation du théâtre des Gros becs:  http://www.lesgrosbecs.qc.ca/spectacle/

par Micheline Simard

Vous avez besoin d’une soirée qui enchante? Laissez-vous plonger en apnée dans la profondeur du texte et le travail chorégraphique efficace des comédiens de la pièce Écume, de la dramaturge et metteure en scène Anne-Marie White, aussi directrice artistique du théâtre du Trillium d’Ottawa. L’œuvre, primée lors de sa première mouture scénique en 2007, a été revue par son auteure et est présentée jusqu’au 16 octobre au Théâtre Périscope.

C’est une histoire qui soulève plus de questions que de réponses. Dès les premiers mots du premier personnage (une morte), et il en ira ainsi à chaque apparition des autres (une femme-poisson enceinte d’un biochimiste, depuis leur première rencontre, et un croque-mort mi-homme mi-femme, qui sert de médium entre le monde des vivants et des morts), le spectateur est introduit dans une étrangeté pleine d’humour et de poésie, d’où il ne sera expulsé qu’à la toute fin de la pièce, comme la mer rejetterait une épave. C’est donc légèrement «écumé» qu’on risque de retrouver une respiration normale, non sans regrets.

Car on nous fait vivre cette expérience à travers le mouvement constant des corps qui nous berce, tout spécialement celui gracieux et remarquable de l’amoureuse romantique (Joëlle Bourdon) et celui de son compagnon (Pierre Antoine Lafon Simard), pas moins talentueux.

«C’est beau la peur», est-il écrit en grosses lettres à l’arrière-plan de la scène, entre autres énoncés. La peur de mourir ou de vivre? Qu’importe. L’auteure rappelle qu’on montre, ce faisant, que la vie est importante, mais elle précise à travers sa Morgane qui parle à la fille-poisson croissant en elle : «Le rêve fera partie de toi. Il teintera ta perception du monde et ce monde t’appartiendra». Le moins qu’on puisse dire, c’est que le texte n’est pas banal et  que la prochaine œuvre de cette auteure sera à ne pas rater.

www.theatreperiscope.qc.ca

Photographie de Richard Tardif

Mardi 13 septembre débutait la présentation du spectacle Imagination du monde mis en scène par Hanna Abd El Nour à l’Église Saint-Coeur de Marie sur la Grande-Allée. Ce spectacle est inspiré de l’oeuvre Divine comédie, poème allégorique de l’auteur Dante Alighieri, écrit au début du 14e siècle à Florence. Ce texte est considéré comme un témoignage important de la civilisation médiévale et un joyaux de la littérature.

Hanna Abd El Nour a puisé dans ce texte une référence à ses préoccupations et réflexions sur la nature humaine et les symboles, images ou rituels permettant de la représenter et transcender pour «repartir à neuf» dans une période actuelle de bouillonnement sociologique et politique qui pourrait prendre avantage de cette démarche.

Le projet est ambitieux et la scénographie mise en place à l’Église Saint-Coeur de Marie est impressionnante, supportée par le travail d’une équipe multidisciplinaire d’une cinquantaine d’artisans. Il faut souligner l’importance du travail chorégraphique de Lydia Wagerer qui supporte un spectacle conceptuel d’une durée de plus de trois heures. La composition musicale de Katia Makdissi-Warren et la conception sonore de Mériol Lehmann sont superbes et formellement très maîtrisées dans l’espace de l’église, elle-même d’une grande beauté et d’un potentiel manifeste pour ce genre de projet.

Le projet présente un niveau d’abstraction qui peut limiter son accessibilité et un intérêt pour la danse contemporaine semble essentiel pour apprivoiser l’expérience qui se déroule jusqu’au 1er octobre.

Pour plus d’info: http://www.urdtheatre.com/

Photographie de Larry Rochefort